Les estampes japonaises se servent du cadre d’une manière qui rappelle davantage la photographie que la peinture occidentale. Certains font dériver ce style de la tradition des rouleaux orientaux qui, lorsqu’on les déroule d’une main dans l’autre, génèrent une variété infinie de coupures. En cherchant dans ces estampes ce qui leur donne ce sens photographique, nous comprendrons mieux la nature du cadrage photographique.
Notez comment, en haut à droite, le cadre donne de l’importance à la main de l’ange qui retient le sabre. L’ange est décrit avec la plus grande économie : l’artiste a donné le minimum d’informations nécessaires pour faire comprendre qu’il s’agit d’un ange. N’est-il pas merveilleux de pouvoir tirer un sens de cette description minimale?
Remarquez, maintenant, la jambe qui avance dans l’image en bas à droite. On se demande pourquoi l’artiste a voulu ajouter ce détail qui n’a aucun rapport avec l’action. Il lui est complètement étranger. C’est l’exemple type de ces coupures apparemment arbitraires qui se produisent lorsque le cadrage d’une photographie découpe un rectangle du monde. S’il n’a aucun lien avec l’action dramatique qui se déroule dans l’image, il fait néanmoins comprendre que ce drame est inclus dans un monde plus vaste.
– SHORE, Stephen ([1998] 2007). Leçon de photographie, éd. Phaidon, Paris, p. 64.
